Serre-moi fort | Carlos Gonzalez

Carlos Gonzalez

J’en ai entendu parler plusieurs fois, de ce livre, discrètement, par ci par là, à propos du sommeil entre autres.

Et puis pour soutenir les éditions Le Hêtre Myriadis, je l’ai acheté.

Et là je n’ai pas compris : pourquoi on ne trouve pas un tel livre à chaque coin de rue, dans chaque librairie, dans toutes les grandes surfaces, à côté de ceux d’Isabelle Filliozat qui connaissent beaucoup de succès ces derniers temps, et jouxtant les méthodes Montessori qui fleurissent partout ?

Il mérite d’être diffusé très largement aujourd’hui encore (il date je crois de 2009, à vérifier), d’être offert à tous les jeunes parents, et puis aussi aux vieux. A tous ceux qui « encadrent » l’enfance et la jeunesse. A tous ceux qui ont des idées bien arrêtées sur l’éducation, sur ce qu’un parent devrait être, sur ce qu’un enfant devrait faire.

Parce que ce livre rue dans les brancards de l’éducation traditionnelle, parce qu’il est centré sur l’Amour, sur la logique, plutôt que fondé sur des instructions pseudo-scientifiques perpétrées de génération en génération au détriment du développement de l’enfant et au service du bien-être inconditionnel du parent.

« Serre-moi fort » aborde de nombreux sujets comme le sommeil, l’allaitement, les punitions et récompenses, le système familial, la place de l’enfant, la propreté, les limites, l’instinct, etc … Il préconise le contact physique entre la mère et l’enfant, le cododo, le sein à volonté, balaie de nombreux préjugés.

Carlos Gonzalez n’est pas un pédiatre comme les autres. Il ne mâche pas ses mots, il n’a pas peur d’aller contre l’opinion de ses collègues, il manie l’humour et le sarcasme comme arme pacifiste de la prise de conscience. Des pages entières où j’avais envie d’écrire « LOL » dans la marge, tellement sa façon décalée d’aborder les choses m’a amusée.

Si vous aimez les chiffres, les pourcentages, les statistiques, vous allez être heureux. Il y a donc du factuel, plus ou moins, quelques opinions personnelles présentées malheureusement comme des vérités absolues, et un peu trop de sexisme peut-être, dans le rôle d’éducatrice qui incombe quasiment uniquement à la mère.

Mais le reste vaut le détour, vraiment. Prenez-y ce qui vous plaira, ce sera déjà tellement mieux que de ne jamais l’avoir lu… et sachez percevoir le second degré, sinon certaines pages vont vous enseigner l’inverse de ce qu’il veut dire …

 

Quelques morceaux choisis :

« Il est possible que toutes les erreurs que nous commettons en élevant nos enfants soient le sédiment de siècles de conseils erronés de psychologues, de médecins, de prêtres et de sorciers. » p 27

« […] il est possible pour une société entière de faire avec ses enfants des choses qui leur portent tort sans s’en rendre compte, et ce en étant convaincue de tout faire à la perfection. » p 35

« Que peuvent faire les parents quand tout ce qui sert à calmer les pleurs de l’enfant (le sein, les bras, les chansons, les câlins) est interdit ? » p 51

« Personne ne refuserait à manger à un enfant qui pleure de faim; personne ne refuserait un abri à un enfant qui pleure de froid. Refuserez-vous vos bras à un enfant qui pleure parce qu’il a besoin de tendresse ? » p 95

A propos de la croyance que les enfants pleurent sans raison : « Faites une expérience : asseyez votre enfant d’un ou deux ans sur vos genoux et dites-lui les choses les plus tristes qui vous viennent : « Tu vas avoir un contrôle fiscal. » « Tu viens de te faire renvoyer de ton travail. » « Tu as des pattes d’oie monstrueuses. » « Ton équipe de foot est reléguée en deuxième division… » Il ne pleurera pas. Les choses qui font pleurer les enfants et les adultes sont totalement différentes. » p 98

« […] on trouve la croyance répandue selon laquelle les jeunes enfants s’adonnent à une étrange activité exclusive, dénommée « tester les limites ». Exclusive parce qu’aucun adulte ne la pratique, pour autant qu’on sache. » p 151

« La violence envers un enfant nous paraît plus acceptable quand l’agresseur est un parent ou un maître que quand c’est un inconnu. De fait, nous ne permettrions jamais à un inconnu de s’approcher de notre enfant et de le frapper. » p 162

« Celui [l’enfant] qui sait qu’il a mal agi tentera de ne pas recommencer et n’a besoin d’aucune punition. Celui qui ne le sait pas, il suffit de le lui dire. S’il n’est pas d’accord, s’il croit honnêtement qu’il a bien fait, il ne changera pas d’avis suite à une punition. Au contraire, il éprouvera colère et humiliation et recommencera à la première occasion. » p 171

« Et vous, vous ne vous mettriez pas en colère quand vous n’obtenez pas ce que vous voulez ? « Que je suis content ! Aujourd’hui, j’ai raté un examen, ma fiancée m’a envoyé promener, j’ai perdu au bowling et j’ai pris une prune parce que je m’étais garé en double file. Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas amusé comme ça ! » Si se mettre en colère quand on ne peut pas n’en faire qu’à sa tête est une maladie mentale, nous avons tous besoin d’aller en maison de repos. » p 175

« Est-elle également efficace ? Presque toutes les méthodes que nous critiquons dans ce livre le sont. Efficaces pour atteindre leur objectif : un enfant soumis, obéissant, qui ne se fait pas remarquer. La question est de savoir si nous faisons nôtre cet objectif ou non; si l’obéissance aveugle et le silence respectueux sont les qualités que nous souhaitons le plus ardemment développer chez nos enfants. p 194

 

EM

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