Comme des invitées de marque | Léandre Bergeron

Voici un livre qui m’a laissé le cœur en joie … Comme si soudain je ressentais mon âme reliée en mission de vie à celle de Léandre Bergeron cet auteur et père de trois filles qu’il a tenté de laisser grandir librement sans école, sans autorité, sans injonctions. 

Et vous qui lisez régulièrement le blog Perles Pacifiques, vous savez ô combien le sujet m’est précieux. Alors, un scoop pour vous, les pages que j’ai déjà écrites de mon prochain livre semblent inspirées directement de celui de L. Bergeron, c’est amusant, ne l’ayant pas encore lu à l’époque. C’est vous dire si vous aimerez son livre si vous aimez mon blog.  

« Comme des invitées de marque » (Editions l’Instant Présent), est un livre doux, rapide à lire, il se présente comme un journal de bord avec des faits de la vie familiale, certains émouvants, chaleureux, lourds de sens, ou si simples qu’ils permettent de goûter le côté tellement magique de la vie qu’il qualifie d’harmonieuse. Les dernières pages partagent des réflexions ouvertes sur la société, empreintes de cette liberté et de l’esprit rebelle de cet auteur, qui ne mâche pas ses mots, sans agressivité.

Une lecture pertinente pour les parents en désir de confiance en la nature de l’être humain, en quête de lâcher-prise, qui ont besoin d’être rassurés sur le devenir de leurs enfants hors cadre classique éducatif. Un livre aussi pour ceux qui ne connaissent pas du tout ce fonctionnement, et sont curieux de découvrir la vie qui pousse comme des « fleurs sauvages ». Pour ceux encore qui sont tentés à l’idée de faire un « retour aux sources humain » : une approche finalement tellement instinctive, désapprise suite aux attentes de notre société qui sont devenues la norme.

Je cite ici quelques extraits :

« Voyez dans la rue ou dans un centre commercial les jeunes parents qui s’exercent à discipliner leur petit bout de chou. Ils se pratiquent à l’exercice du pouvoir. Et que ça a l’air délectable ! Enfin, à leur tour, ces tortionnés deviennent tortionnaires, ces soumis peuvent soumettre à leur tour. Toutes les frustrations, les humiliations qu’ils ont subies, ils peuvent les infliger à leur tour, en jouir et recevoir l’approbation de tous les passants car tous sont dans le même bain. Voilà le complot contre l’enfance dont personne ne semble se sentir responsable parce que, dans ce cercle vicieux de l’agression, l’aveuglement est de rigueur. » (p 121)

« Toute intention d’éduquer l’enfant est malsaine. Elle vicie le processus de son épanouissement. Tant que je veux éduquer, que je tente d’éduquer, je fais fausse route et je rate mon coup, à court et à long terme. » (p 108)

« L’aînée apprenait bientôt à allumer l’appareil [NDLR : la TV] et s’asseyait, captivée par les images qui dansaient sur l’écran devant elle. Allais-je en faire un problème ? Car ce sont les interdits, la répression, la surveillance constante, le contrôle systématique qui poussent l’enfant vers des refuges comme celui de la télévision. Dans mon esprit, l’empêcher d’explorer cet appareil aurait été la pousser à adopter cette boîte comme substitut d’un parent qui ne sait pas rencontrer ses attentes. Ça aurait été comme me tirer dans le pied. » (p 105)

« Phèdre [NDLR : sa fille cadette] passe des heures à étudier le code de la route en vue de son examen théorique. Elle interrompt souvent son étude pour s’insurger contre des pratiques obligatoires pour les apprentis conducteurs, des manœuvres à exécuter, que même les policiers n’observent pas. Un esprit indépendant et autonome est offusqué par de telles contradictions. Et pourtant tout le monde les accepte parce que tout le monde est allé à l’école et a bien appris à se soumettre à des règles absurdes. Et c’est là qu’on se rend compte que l’école et toutes les institutions qui s’y greffent ont comme fonction première d’annihiler l’esprit critique et de forcer l’individu à la soumission. » (p 120)

Et pour poursuivre après la lecture, qui est le partage de la vision des choses du père, vous retrouverez avec intérêt je pense, une interview actuelle de la fille aînée, Déirdre Bergeron, qui nous parle de l’expérience telle qu’elle l’a vécue elle.

J’ai été frappée de l’entendre nuancer les propos de son père Léandre : je me suis demandé si tout comme le poisson qui n’a pas conscience de l’eau qui l’entoure, elle n’avait peut-être pas conscience de la liberté de vie qui a été la sienne, ne connaissant pas autre chose, jusqu’à en arriver à envier un autre fonctionnement. J’ai pris connaissance via d’autres sources d’aspects supplémentaires de son ressenti d’enfant et ado, et il semble clairement avoir manqué dans ce fonctionnement familial l’authenticité envers soi-même et les autres, une vraie communication ou chacun aurait su dire ce qu’il souhaitait vraiment, et aurait cherché à nourrir chaque partie de soi, en toute sincérité. 

Je me questionne aussi en l’écoutant, dans quelle mesure la personnalité propre teinte l’expérience, ou encore comment cette enfant aurait vécu dans un autre milieu avec d’autres valeurs ? Nous ne saurons jamais. En tout cas son avis est intéressant pour prendre du recul sur notre rôle de parents, avec un message final : « Parents, soyez vous-mêmes et heureux et vos enfants le seront aussi. »

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EM

 

3 réponses sur “Comme des invitées de marque | Léandre Bergeron”

  1. Il faut vraiment que je lise ce livre qui est sur ma liste d’envies depuis un moment. J’y aspire tellement, de laisser mes enfants, surtout ma grande, encore plus libre, de contrôler moins. Comme les paroles de Peter Gray, celles-la m’inspirent tellement. Je sais comment c’est important de lâcher prise, mes filles me montrent ce besoin tous les jours. Et pourtant j’ai encore beaucoup à travailler, à lacher mon autre envie de « sur »-proteger les enfants de l’échec. Ma propre enfance avec une mere dans le contrôle permanent laisse encore ses traces et lire encore et encore des mots qui donnent confiance, est important mour moi. Merci pour cet article qui me donne encore plus envie.

    1. Bienvenue Cornelia. C’est un long travail de « descolarisation » de soi-même : savoir oublier toutes les croyances sur les relations parents-enfants qu’on nous a transmises et être libres, pour se trouver totalement ouverts à ce qui vient, sans a priori, et en toute confiance en l’enfant. Ton commentaire me rappelle que j’ai oublié de citer des passages du livres que j’avais notés, j’y vais de ce pas modifier cela. merci 😉 .

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