Libres enfants de Summerhill | Alexander S. Neill

A. S. Neill

Et un beau jour, je lus le livre d’A. S. Neill « Libres enfants de Summerhill »… Parce que j’avais le projet de créer une école alternative et que j’avais envie de découvrir l’extrême de l’extrême selon moi, en matière d’expérience de ce type. Voici une présentation mêlée de mes impressions, suivies d’un recueil des nombreuses citations que j’ai préférées, parce qu’il n’y a rien de mieux que de lire vous-mêmes les écrits de cet auteur (et le livre regorge encore de pépites à découvrir).

Ouverte en 1921 et fonctionnant encore de nos jours en Angleterre, Summerhill est une école pour tous âges, avec cours facultatifs, qui accueillait au départ les enfants en grande difficulté relationnelle, tous en internat et provenant souvent de pays éloignés. Neill déplore qu’une fois le comportement de leur enfant grandement amélioré suite à son passage à Summerhill, les parents le retirent très souvent de l’école. Mais au cours des années, elle a commencé à recevoir un public plus engagé et a cessé quelque peu d’être considérée uniquement comme le lieu de la dernière chance pour enfants infernaux.

Son créateur, Alexander Sutherland Neill, pédagogue hors-courant, philosophe de la liberté, nous présente dans cet ouvrage de 1960, le quotidien de l’école de façon très concrète, avec une certaine retenue se voulant objective. Au fur et à mesure de la lecture, on peut sentir sa liberté de parole reprendre le dessus et il devient plus engagé, parfois même sarcastique. 

J’ai admiré son honnêteté sans langue de bois, sa franchise (certaines lignes sont vraiment bien envoyées, sur un ton sans détour), son petit goût pour la provocation, sa modestie, son sens de la remise en question. Son attitude totalement dénuée d’autoritarisme auprès des enfants (capable de tolérer des coups sans en être offensé si cela est utile pour le jeune) exprime un point de vue qui peut sembler extrémiste. Mais il l’argumente si clairement que vous ne pourrez probablement pas y rester indifférent. Attendez-vous à une grosse remise en question de vos paradigmes en matière de place de l’enfant dans la société, et des interactions adultes-enfants. 

Son but dans tout ça ? Que l’enfant donne le meilleur de lui-même. Non pas pour combler les attentes de son entourage, mais pour se développer comme il l’entend, dans son individualité, et être heureux. Neill s’attache à éviter toute forme d’influence sur ses élèves, afin de les laisser libres de se créer leurs propres valeurs et de les suivre.

A.S. Neill considère que l’homme est foncièrement bon et que l’autorité et ce qui lui est imposé peut le rendre névrosé. Il a noté à quel point les enfants à qui on laisse épuiser l’intérêt pour les comportements dits dérangeants ou asociaux grandissent ensuite « sainement ». La liberté sexuelle des enfants est un sujet qui tient à cœur à Neill, beaucoup développé dans ce livre, tout comme celui de la religion, insistant longuement sur les tabous de l’époque dans un contexte quelque peu puritain.

La description du fonctionnement de l’école nous permet de découvrir les assemblées générales et les règles qui y sont posées puis sans cesse déconstruites, l’attitude des jeunes face à l’entourage et au matériel, l’accompagnement psychologique individuel qu’il a mis en place, le regard de l’extérieur sur son école, le rapport des élèves avec leurs parents de retour dans leurs familles, …

J’ai été interloquée par le côté actuel des sujets abordés : on croirait certaines lignes écrites aujourd’hui, alors que l’école a été créée il y a presque cent ans ! Malgré son action remarquée et ses réflexions visionnaires, qui ont directement suivi celles de nombreux avant-gardistes de l’éducation sur plusieurs siècles, j’ai envie de dire que les choses n’ont pas encore suffisamment changé en France dans le domaine de l’école et de la place de l’enfant dans la société. La place de la femme, elle, a évolué et cela donne comme un goût d’anachronisme flagrant à la lecture.

Pour moi, Summerhill est la première école de type « démocratique », bien avant Sudbury Valley School aux USA et c’est pourtant ce deuxième modèle qui a été importé en France. Les écoles démocratiques s’y multiplient rapidement, sous la poussée de personnes motivées et convaincues. De nombreux enseignants œuvrent aussi à leur échelle à l’intérieur du système classique et contribuent à l’évolution des mentalités. Il y a eu des précédents d’écoles nouvelles au cours des décennies, qui ont fini pour la plupart en tentatives de changement avortées. Néanmoins ce sont sur ces divers soubresauts que la conscience collective s’éveille, et je souhaite pour ma part ardemment que la révolution de l’éducation se fasse réellement à l’école dans notre pays, comme cela se passe déjà dans les pays nordiques.

 Je vous conseille grandement la lecture de ce livre, tout en sachant garder le recul suffisant pour y prendre ce qui vous correspond et réfléchir un peu au reste, car l’auteur a tendance à énoncer ses réflexions comme des vérités absolues. Cet ouvrage est néanmoins une mine d’or de par l’expérience qui y est rapportée, et reste pour moi une référence sur la liberté de l’enfance et des individus.

Ne manquez pas le magnifique documentaire de Bernard Kleindienst contenant de nombreux témoignages d’anciens élèves : « Les enfants de Summerhill (1997) »

EM

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Recueil de CITATIONS extraites de « Libres enfants de Summerhill » par A. S. Neill:

(sous réserve d’erreurs de copie)

-En psychologie canine, il n’est pas possible d’étudier le chien de chasse quand il est enchaîné. Pas plus qu’en psychologie humaine on ne peut énoncer des théories dogmatiques sur une humanité prisonnière. p 35

-Je professe l’opinion que le but de la vie, c’est la poursuite du bonheur, c’est-à-dire la recherche d’un intérêt. L’éducation devrait être une préparation à la vie. p 38

-Chaque fois qu’on montre à Tommy comment marche son train électrique, on lui vole sa joie de vivre – la joie de la découverte -, la joie de vaincre l’obstacle. Bien pis, on l’amène à croire qu’il est inférieur et dépendant d’une aide extérieure. p 39

-N’aidez jamais un enfant à faire ce qu’il peut faire seul. Quand un enfant essaie de grimper sur une chaise, les parents qui aiment guider l’aident, gâchant ainsi la plus grande joie de l’enfance – celle de conquérir la difficulté. p 311

-Les parents sont lents à comprendre que l’enseignement donné à l’école n’a vraiment aucune importance. Les enfants, comme les adultes, n’apprennent que ce qu’ils veulent. Tous les prix, toutes les notes, tous les examens ne font que dévier le développement naturel de la personnalité. p 39

-La majeure partie du travail de classe effectué par les adolescents n’est qu’un perte de temps, d’énergie et de patience. Il vole à la jeunesse son droit à jouer, à jouer encore et à jouer encore plus; il met de vieilles têtes sur de jeunes épaules. p 39

-Cette idée qu’un enfant perd son temps s’il n’apprend pas quelque chose est une véritable malédiction – une malédiction qui aveugle des milliers d’enseignants et presque tous les inspecteurs d’écoles. Il y a cinquante ans, le mot d’ordre était « Apprenez en travaillant ». Aujourd’hui, c’est « Apprenez en vous amusant ». Le jeu n’est ainsi envisagé que comme un moyen pour arriver à une fin, mais quelle fin, je n’en sais vraiment rien. p 41

-De nombreux prétendus éducateurs ne se soucient pas tant de ce que l’enfant apprend que de ce qu’on lui enseigne. Et naturellement, avec les écoles que nous avons – où l’on fabrique en série – , que peut faire un maître d’école, sinon enseigner quelque chose et se convaincre que l’enseignement en lui-même est ce qui importe le plus ? p 41

-Je ne raconte pas cela avec arrogance mais avec tristesse, afin de montrer à quel point les murs des salles de classes et les prisons que sont nos bâtiments scolaires réduisent la perspective de l’enseignant et l’empêchent de voir ce qui est essentiel dans l’éducation. Son travail ne concerne que cette partie de l’enfant qui est située au-dessus du cou et, forcément, la partie émotive et vitale chez l’enfant est pour lui un territoire étranger. p 41

-Mon critère de la réussite [dans la vie], c’est la capacité qui permet de travailler joyeusement et de vivre positivement. p 43

-Barbel […] resta chez nous pendant un an. Durant tout ce temps, elle ne trouva rien qui l’intéressât. Elle était venue trop tard à Summerhill. Pendant dix ans de sa vie, des professeurs avaient pris les décisions à sa place. p 45

-On ne peut pas parler de liberté tant que les enfants ne se sentent pas libres de décider de leur vie sociale. Où il y a un patron, il n’y a pas de liberté. Cela s’applique aussi bien au patron autoritaire qu’au patron bienveillant. L’enfant indépendant peut se rebeller contre un patron dur, mais le patron doux ne fait que le rendre impuissant et lui enlève toute certitude quant à ses convictions. p 60

-La discipline stricte est la meilleure façon pour un adulte d’avoir la paix. N’importe qui peut être adjudant. La méthode de rechange pour avoir la paix je ne la connais pas. Nos essais et nos erreurs à Summerhill n’engendrent pas pour les adultes une vie tranquille. p 61

-En de rares occasions j’ai dû renvoyer un enfant qui rendait la vie impossible aux autres. J’avoue cela avec regret, avec un vague sentiment de faillite, mais je ne voyais rien d’autre à faire. p 62

-Je parle des enfants non pas comme nous, adultes, pensons qu’ils devraient être, mais comme ils sont réellement. Leur sens communautaire – leur sens de la responsabilité sociale – ne se développe pas avant l’âge de dix-huit ans ou même plus tard. Leurs intérêts sont immédiats et le futur, pour eux, n’existe pas. p 65

-Un jour, l’humanité découvrira peut-être l’origine de ses maux, de ses haines, de ses maladies dans la forme particulière de sa civilisation qui est essentiellement anti-vie. p 100

-Cependant la plupart des gens préfèrent les chiens [aux chats] parce que leur obéissance et leurs mouvements de queue flatteurs donnent au maître la preuve visible de sa supériorité et de sa valeur. […] ; l’enfant fouetté, comme le chiot fouetté, devient un adulte obéissant et inférieur. De même que nous dressons nos chiens pour servir à notre usage personnel, nous élevons nos enfants pour servir nos buts. Comme les chiots dans le chenil, les petits des hommes doivent être propres, ne pas aboyer trop fort, obéir au coup de sifflet et manger quand on pense qu’il est bon qu’ils le fassent. p 101

-Je tiens la profession médicale pour responsable de beaucoup de mauvais conseils aux mères. Les médecins, de coutume, ne sont pas pédagogues, pourtant beaucoup de femmes tiennent la parole du médecin pour sacrée. p 101

-Les adultes sont pour la plupart convaincus qu’ils doivent apprendre aux enfants à se conduire de telle façon que les adultes puissent mener une vie aussi tranquille que possible. De là l’importance accordée à l’obéissance, les manières, la docilité. p 101-102

-Accorder l’autonomie à un enfant implique la foi dans la bonté de la nature humaine. p 104

-C’est cette distinction entre liberté et anarchie que beaucoup de parents ne saisissent pas. Dans le foyer discipliné, les enfants n’ont aucun droit. Dans le foyer désordonné, ils les ont tous. Le foyer équilibré est celui où les enfants et les adultes ont des droits égaux. C’est la même chose en ce qui concerne l’école. p 107

L’argument habituel contre la liberté des enfants est celui-ci: la vie est dure et nous devons élever nos enfants de façon que plus tard ils s’adaptent à cette vie. Par conséquent, il faut les discipliner. Si nous leur permettons de faire ce qui leur plaît, comment pourront-ils accepter les directives d’un patron ? Comment pourront-ils rivaliser avec les autres qui auront connu la discipline ? Comment pourront-ils eux-même se discipliner ? Ceux qui refusent d’accorder la liberté aux enfants et qui se servent de cet argument ne réalisent pas qu’au départ leur supposition qu’un enfant ne se développera pas à moins qu’on l’y oblige ne repose sur aucune base solide et n’a jamais été prouvée. Trente-neuf ans d’expérience à Summerhill nous ont démontré son invalidité. p 108

-L’idée commune que les bonnes habitudes qui ne nous ont pas été inculquées de force dans notre prime enfance ne peuvent se développer en nous plus tard dans la vie est une idée avec laquelle nous avons été élevés et que nous acceptons aveuglément, tout simplement parce qu’elle n’a jamais été contestée. Pour ma part, je la renie. p108

-Je refuse de discuter du bien-fondé de la liberté des enfants. Une demi-heure passée auprès d’un enfant libre est plus convaincante que tout ouvrage d’arguments. Voir c’est croire. p 109

-Notre code criminel périmé est fondé sur la peur et notre système d’éducation oppressif est aussi fondé sur la peur – la peur de la nouvelle génération. […] La foule s’accroche aux vieux car elle a peur des jeunes. […] L’adulte craint de donner la liberté aux jeunes parce qu’il craint que ceux-ci fassent tout ce que lui, adulte, aurait voulu faire. p 110

-[…] l’âge – déçu et frustré – hait la jeunesse parce qu’il en est jaloux. p 280

-Si un homme est scandalisé, c’est toujours par la chose qui l’intéresse le plus. p 111

-Quelle est la réaction de l’enfant face à la liberté ? Qu’ils aient ou n’aient pas l’esprit ouvert, les enfants acquièrent tous quelque chose qu’ils n’avaient pas auparavant – quelque chose de presque indéfinissable dont les signes extérieurs les plus visibles sont une croissance de la sincérité et une diminution de l’agressivité. p 111

-Toute école devrait faire de la vie d’un enfant un jeu. […] la vie elle-même présente tant de difficultés que les problèmes artificiels que nous présentons aux enfants ne sont pas nécessaires. p 112

Je crois qu’imposer quoi que ce soit avec autorité est injuste. L’enfant ne devrait jamais être forcé à faire quelque chose avant d’être arrivé de lui-même à l’idée – son idée- qu’il doit la faire. La malédiction qui pèse sur l’humanité, c’est la contrainte extérieure, qu’elle vienne du Pape, de l’Etat ou du professeur. C’est du fascisme. p 112

-La liberté, cela signifie faire ce qui vous plaît tant que vous ne gênez pas la liberté des autres. Le résultat, c’est la discipline personnelle. p 112

-Le commandement auquel tout parent et tout professeur doivent obéir, c’est Tu seras du côté de l’enfant. p 115

-Ma devise pour la maison, en toute circonstance, c’est Pour l’amour du ciel, laissez les gens vivre leur vie. C’est une attitude qui sied à toutes les situations. C’est la seule attitude qui encourage la tolérance. On apprend aux enfants à être tolérants en leur montrant de la tolérance. p 118

-Si nous considérons l’intérêt naturel que l’enfant prend aux choses, nous pouvons comprendre les dangers de la récompense et de la punition. Les deux tendent à exercer une pression sur l’enfant pour l’obliger à s’intéresser. Mais le véritable intérêt, c’est la force vitale de la personnalité tout entière et un tel intérêt ne peut être que spontané. p 149

-Le monde regorge d’emplois qui n’ont aucune valeur intrinsèque et ne donnent aucun plaisir. Il semble que nous voulons adapter nos écoles à cet ennui de la vie. En forçant l’attention de nos étudiants sur des sujets qui ne présentent aucun intérêt pour eux, nous les conditionnons, en effet, pour des emplois qui ne leur apporteront aucune joie. p 150

-[…] lorsque je réponds aux questions du public, il y a toujours une vieille baderne qui se lève pour me dire: « Mon père se servait de son soulier pour me frapper et je ne le regrette pas. Je ne serais pas ce que je suis aujourd’hui si je n’avais pas été battue. » Je n’ai jamais eu la témérité de lui demander: « Et, au fait, qu’êtes-vous donc exactement aujourd’hui ? » p 155

-La mère devrait réagir avec un amour spontané et non pas avec une misérable règle sortie d’un bouquin quelconque. p 162

-Il n’est pas tolérable que des médecins et des parents ignorants aient le droit d’interférer avec les impulsions et la conduite naturelles d’un bébé, détruisant ainsi sa joie, sa spontanéité, avec leurs idées absurdes d’orientation et de direction. p 163

-Il n’est pas pensable qu’un élève de Summerhill puisse se moquer d’un bègue ou d’un estropié; dans les collèges privés on fait souvent les deux. Des garçons qui disent « s’il vous plaît », « merci » et « pardon » peuvent ne jamais penser aux autres. p 176

-L’enfant est avant tout un égotiste – généralement jusqu’au début de la puberté; jusqu’alors, il ne sait pas s’identifier aux autres. p 244

-Il y [a peu de gens] qui ne sont pas capables de tricher sur la déclaration de leurs revenus. Pourtant chacun est ennuyé quand son fils vole quelques pièces d’argent. p 244

En faire baver au délinquant est une forme de haine. Et comme la haine n’a jamais guéri personne, j’en conclus qu’en faire baver au délinquant ne peut jamais l’aider à devenir sociable. p 249

-La liberté seule, sans thérapie, guérira la plupart des enfants de leur délinquance. Je parle de la liberté – pas de l’anarchie – ni de la sentimentalité. p 253

-Laissez-moi pour quelques instants l’illusion que je suis ministre et que j’ai des pouvoirs illimités dans le domaine de l’éducation. […] Les professeurs apprendraient à être les égaux des élèves et non leurs supérieurs. Ils ne seraient ni paternalistes, ni sarcastiques. Ils n’inspireraient pas de crainte. Ils devraient avoir une patience infinie, des idées larges et la foi dans le résultat de leur entreprise. p 251

-Mais les sermons et les punitions n’atteignent jamais le mobile inconscient qui est responsable de sa conduite. p 259

-Pour défendre la jeunesse, il faut se déganter. Aucun d’entre nous ne peut rester neutre. Nous devons choisir: l’autorité ou la liberté; la discipline ou l’autodétermination. Il ne peut y avoir de demi-mesure. La situation est trop urgente. p 259

-Comment peut-on donner le bonheur ? Abolissez l’autorité. Permettez à l’enfant d’être lui-même. Ne soyez pas après lui. Ne le sermonnez pas. Ne cherchez pas à l’élever. Ne le forcez pas à faire quoi que ce soit. Cela peut ne pas vous plaire. Mais si vous rejetez mes vues, à vous, alors, d’en trouver de meilleures. p 260

-Peu de parents réalisent qu’en punissant leur enfant ils changent son amour en haine. La haine chez un enfant est très difficile à voir. Les mères qui remarquent que leurs enfants sont tendres après une fessée ne savent pas que la haine éveillée par la fessée a été immédiatement refoulée. Mais les sentiments refoulés ne sont pas morts; ils dorment seulement. p 264

-C’est devenu platitude de dire que nous haïssons chez les autres ce que nous haïssons chez nous-mêmes. Pourtant, platitude ou non, c’est vrai. La haine que nous avons reçue dans notre enfance, nous la léguons à nos enfants, même si nous avons rêvé de ne leur léguer que de l’amour. p 265

-Si vous observez les irréductibles qui disent: « Je suis pour le châtiment corporel », vous découvrirez que ce sont toujours des gens haineux. […] Aucun enfant n’a jamais été guéri de la haine que par l’amour. p 266

-En vérité, la peur de perdre l’estime des autres est peut-être cause de plus de jalousie que tous les rivaux en amour au monde. p 276

-Ainsi, l’enfant de parents qui ne s’aiment pas a peu de chances de se développer sainement, car passer ses frustrations sur l’enfant est l’habitude universelle de ce genre de parents. p 264

-Souvent les parents disent qu’ils ne se séparent pas à cause des enfants. Il vaudrait mieux pour ces derniers que les parents qui ne s’entendent pas se séparent. Mille fois mieux ! Une vie conjugale sans amour est toujours la mort psychique de l’enfant. p 281

-De plus, l’école fait un excellent travail pour l’intellect de l’enfant. Elle restreint sa vie émotive et ses tendances créatrices. Elle le dresse à obéir à tous les dictateurs et patrons qu’il rencontrera dans sa vie. […] C’est tragique de voir de jeunes vies sacrifiées à cet autel antédiluvien qu’on appelle une bonne éducation. L’école stricte ne réclame que le pouvoir – et les parents craintifs sont satisfaits. p 285

-Il serait bon que tout professeur soit analysé. L’analyse n’est pas une panacée, elle n’a qu’une portée limitée, mais elle éclaire bien des choses. […] je la recommande sérieusement aux éducateurs, car, après tout, leur travail c’est de comprendre les autres. p 287

-Ce que j’ai contre les parents c’est qu’ils ne veulent pas apprendre. La majeure partie de mon travail consiste à corriger les erreurs des parents. […] D’autres parents, je ne sais pourquoi, préfèrent rester fidèles à un code inutile et dangereux plutôt que d’essayer de s’adapter à l’enfant. p 290

-Je ne réclame jamais de bonnes manières, ni de langage châtié. Je ne demande jamais si on s’est lavé la figure. Je ne réclame jamais d’obéissance, de respect ou de sens de l’honneur. En d’autres formes, je traite les enfants avec la dignité que les adultes réclament pour eux-mêmes. p 290

-La tragédie, c’est que les parents pensent qu’ils agissent toujours dans l’intérêt de leurs enfants. L’espoir qui reste à l’humanité, c’est qu’un jour ils puissent vraiment agir dans cet intérêt, qu’ils deviennent assez conscients pour être du côté de l’enfant et pour l’aider à se développer dans la liberté, l’intelligence et l’amour. p 294

-Etre anti-vie, c’est aimer le devoir, l’obéissance, le profit et le pouvoir. Au cours de l’Histoire, l’anti-vie a gagné et continuera à le faire aussi longtemps qu’on inculquera à la jeunesse qu’elle doit accepter les conceptions adultes un jour. p 298

-J’ai rarement vu un enfant retardé qui n’avait pas en lui un potentiel de création, et juger l’enfant d’après ses progrès scolaire est futile et fatal. p 303

-Les enfants libres n’ont pas besoin de religion parce que leur vie est spirituellement créative. p 304

-La politique, comme la religion, est une question de choix personnel que l’enfant fait plus tard lorsqu’il grandit. p 305

-Les enfants de Summerhill se battraient pour leur pays comme les autres, mais ils voudraient probablement savoir pourquoi ils se battent. p 305

-Quel remède y a-t-il pour des parents ignorants qui ne savent pas ce qu’ils font et qui s’indignent à la moindre suggestion que peut-être ils n’ont pas raison ? p 306

-[La véritable discipline personnelle] s’inquiète du droit et du bonheur des autres. Elle amène l’individu à chercher délibérément à vivre en paix avec les autres en concédant certaines choses à leur point de vue. p 307

-Comme vous et moi ces enfants [« paresseux »] plus tard auront à accomplir des tâches qui leur déplairont, mais si on les laisse libres d’épuiser leur besoin de jouer, ils seront plus aptes alors à faire face à n’importe quelle difficulté. p 307

-Nous ne suggérons jamais à un enfant de terminer son travail; si son intérêt s’évanouit, il est injuste de le presser de terminer. p 310

-En réprimant de force une mauvaise habitude, on ne la guérit pas. La seule cure possible pour quelque habitude que ce soit, c’est d’en permettre l’épuisement. p 309

-Trop souvent, les parents ont un sens absurde de la loyauté, même envers des professeurs stupides. p 309

-Personne ne peut avoir une liberté totale, car les droits des autres doivent être respectés. Mais chacun devrait avoir la liberté individuelle. p 307

etc !

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