La carte du monde #1 – J’ai toujours raison !

La carte n'est pas le territoire

[Temps de lecture :  3 mn]

Avez-vous déjà réfléchi à quel point nous pensions différemment les uns des autres ? J’imagine que oui ! Mais en prendre la mesure a été quelque chose de bouleversant pour moi, au travers d’une expérience simple vécue lors d’une formation en communication et accompagnement, qui avait lieu dans une petite ville d’où étaient originaires tous les participants.

L’exercice demandé était le suivant :  « Chers amis, je propose que chacun de vous à tour de rôle m’explique comment aller d’ici jusqu’à la gare. »

Craquinette-Lise, jeune femme chef d’entreprise d’une trentaine d’année : « Alors tu roules jusqu’au rond-point, deuxième sortie, puis direction la gare et tu verras indiqué le parking dépose-minute. »

Steven-Son, auteur de nouvelles littéraires : « Tu ouvres la porte, tu descends les deux étages, tu te diriges vers ton véhicule si tu en as un, tu démarres s’il fonctionne car j’ai eu des soucis avec le mien ce matin, tu roules jusqu’au bout de la rue des arbres au feuillage rouge, tu observes avec prudence le carrefour et ses feux qui ont toujours des problèmes de coordination alors qu’ils les ont réparés déjà plusieurs fois, tu te diriges vers la droite en direction de la fontaine du poisson qui crache de l’eau, tu peux la voir de loin, puis tu repères la belle bâtisse à escalier italien et au jardin à la française, tu trouveras la gare juste après le banc sur lequel lisent toujours deux petits vieux adorables. »

Claudio-Sparadrap, étudiant : « Tu prends la ligne 36 du bus et tu descends à l’arrêt la gare. »

Esther-Plante, mère de famille : « Au troisième passage piétons tu contournes le manège des petits chevaux en bois, et dès que tu vois le panneau JouetPlanète tu fais gaffe c’est deux rues plus loin, juste après le square de jeux d’enfants qui fait l’angle. Tu as de la place pour te garer le long de l’école maternelle. »

Blanche-Cyprienne, mathématicienne : « Tu empruntes la rue de la Joie Demeure, tu longes le boulevard de la Fiesta Grande, trois rues plus loin tu arrives avenue du Colonel Moutarde, tu tournes en angle droit allée des Bagages Perdus, et tu te gares rue de la gare. »

Shrek-Francis, le formateur, bon vivant : « C’est facile, juste après le Mac Do, tu passes devant le kébab puis la boulangerie Payetonsucre, et quand tu vois la pizzeria Veniseàcoupdepagaie, c’est sur la droite. »

Bref, nous avons été bien amusés de constater à quel point chacun utilisait des repères pertinents pour soi-même. Une mini-joute s’ensuivit entre celui qui défendait bruyamment sa façon de voir comme étant la plus simple, l’autre la plus directe ou qui la plus précise.

 

Nous avons pu réaliser que chaque personne possède sa propre « carte du monde » qui est une façon de retranscrire le territoire mais n’est pas en elle-même le territoire. 

 

Elle est une vision des choses sur la vie, pas une vérité brute/absolue/indiscutable. Elle permet uniquement une lecture de ce qui m’entoure filtrée au travers de mes codes personnels. Ces codes se sont construits en fonction de mon vécu et de ma personnalité : des émotions du passé ou du présent, des repères selon mes centres d’intérêts, des interprétations des mots liées à mon expérience, mes croyances, ma culture, des interactions avec mon entourage, etc…

Et la réponse à la question : « Qui a raison pour le chemin vers la gare ? » est inévitablement : « Tous ».

 

Oui, il est possible d’avoir tous raison, malgré des points de vue totalement différents. Il y a autant de « cartes du monde » que de personnes vivant sur cette terre, et la vérité n’en est totalement une que pour celui qui l’énonce.

 

Et ces cartes du monde peuvent être à l’origine de nombreux mal-entendus… Ça vous dit quelque chose, ce que vous prenez comme de la mauvaise foi de la part de votre homme quand il affirme : « mais si, j’ai nettoyé le fond de l’évier ! » alors que vous voyez un amas des restes du soir agglutinés sur la bonde…?

Et l’exagération de votre ado qui s’exclame : « J’ai JAMAIS le droit de RIEN faire ici ! » …Et les disputes entre vos enfants, où il n’y a pas moyen d’entendre la même version : « C’est paaas vrai, j’ai même pas diiiit ça ! Non je l’ai pas tapé, il ment ! » …… ? Haha je sens que vous comprenez de quoi je parle…

Nous allons voir en plusieurs épisodes en quoi connaître l’existence des cartes du monde et les respecter peut changer notre relation aux autres. A suivre ! En attendant, vous pouvez commencer à observer votre environnement sous ce jour nouveau, et c’est avec plaisir que nous lirons vos remarques intéressantes dans les commentaires de cet article !

EM

3 réponses sur “La carte du monde #1 – J’ai toujours raison !”

  1. rho que je plussoie !
    Combien de fois je me suis plantée en guidant mon mari, moi grande piétonne devant l’éternel, qui fait fi des sens uniques et autres signalisations en tout genre … Quoi ? c’est un piétonnier ici ? ah oui tiens … zut faut contourner 🙂
    En communication, on appelle aussi ça le « cadre de référence » et si les cadres n’ont pas de zones communes, la communication passe mal si si 🙂

    J’ai déjà observé aussi que ma fille ne raconte pas les faits de la même façon à Maman qu’à Papa ! elle mettra la pédale à fond sur l’émotionnel à la version pour Maman qu’elle freinera pour le factuel pour la version à Papa ( s’il n’a carrément pas droit à : « j’ai déjà tout raconté à Maman, j’ai pas envie de répéter tout le temps … » )

    1. Bonjour Valérie, merci pour tes retours sur expérience. C’est sûr que le guidage sur route est souvent source de petits conflits allant d’amusants à épuisants 😀 . Et si on transfère cette vision par « carte du monde » à la vie en général, tu vois à quel point ça peut être complexe de se comprendre. Pour ta fille, elle semble avoir habileté et la capacité d’adaptation, bravo à elle 😉 .

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