L’école Libre.

liberté à l'école

[Temps de lecture : 3 mn 30]

Réaliser une fois adulte à quel point on aime apprendre ce qu’on choisit d’apprendre permet de prendre conscience que nous avons perdu quinze années d’école à apprendre ce qui nous a été imposé d’apprendre. Il arrive même qu’on passe le reste de notre vie à se remettre psychologiquement de ces longues années difficiles.

Et si l’école pouvait plutôt être un abri de jardin, autour duquel on s’active dans une joyeuse pagaille, chacun apportant son savoir à l’autre selon ses compétences, ses besoins, ses envies diverses, offrant une ombre fraîche ou un refuge en cas d’orage ?

Si chacun pouvait ouvrir la porte de cet abri de jardin et y choisir les outils qui lui servent, qui pour défricher, qui pour planter, qui pour démolir, qui pour construire ? En prenant garde de les nettoyer, les ranger soigneusement, parce qu’ils appartiennent à tous.

Si on mettait de côté la question « Quel métier vais-je faire plus tard ? » pour se laisser vivre et grandir jusqu’à ce que l’évidence de nos compétences personnelles et notre goût nous amènent vers là où on s’épanouira professionnellement et humainement avec dynamisme et entrain, vers là où on servira à quelque chose, pour soi et pour nos milliards de colocataires de la planète ?

Puis changer et évoluer encore au fur et à mesure de notre développement. Car hého les enfants, savez-vous que votre vie ne s’arrête pas quand vous êtes « adultes » pour ensuite ne jamais plus rien apprendre ? Non, la vie est un immense apprentissage pour qui le souhaite, et les années d’école ne sont qu’un passage. Vous avez tout le temps qu’il vous faudra pour « vous trouver », la vie est un chemin et c’est ce chemin qu’il est passionnant de parcourir, comme un exercice qui se présenterait de manière naturelle et qui ferait de nous jour après jour une meilleure personne. Pouvez-vous vous souvenir dans vos gênes, qu’il y a des décennies les personnes âgées étaient vénérées en tant que sages ?

Vous allez peut-être profiter de ces années d’instruction obligatoire pour vous faire nourrir le bec ouvert quitte à frôler l’indigestion ou le dégoût. Ou bien alors préférer gratter la terre à la recherche de ce qui vous nourrit le mieux, et une fois grand coq ou poule vous serez tellement opérationnel(le) dans votre façon de gratter que vous aurez envie d’aller explorer le sol du monde entier pour trouver de nouvelles choses à se mettre sous la dent, euh le bec. Ah et puis ça vous fera peut-être plaisir d’entraîner avec vous d’autres petits poulets ou poulettes pour quadriller un peu mieux les secteurs fertiles et partager vos trouvailles gustatives… Vous ne manquerez pas d’épandre vos petits tas de crottes fertilisantes afin que de nouvelles graines s’inventent.

Laissons de côté tout ce qu’on connaît de l’école classique française, et imaginons…

Je reste couchée dans l’ombre du tilleul, fixant le ciel entre les feuillages sucrés. Les nuages défilent et m’offrent des nounours rieurs ou des clowns inquiétants. Sur mon bras court un insecte, je le balaye d’un revers de main, je l’observe s’enfuir affolé dans l’herbe. Tiens j’ai jamais vu un scarabée de cette couleur. Je me demande comment on l’appelle. Je pense que la nature est complexement étonnante et parfaite, et les êtres humains, mon Dieu !

Je vois quelques uns de mes camarades qui vont en cours de sciences, tiens je crois que j’ai envie d’en savoir plus sur les insectes aujourd’hui, ou peut-être que je demanderai d’en apprendre davantage sur la météo. Du haut de mes 8 ans, j’ai beau aimer laisser divaguer mes pensées, j’ai trop envie de rejoindre mon professeur, je sais qu’il va m’aider à trouver mes réponses, mettre ses connaissances au service de ma demande. Je cours et entre dans la maison qui nous sert d’école. Où va-t-on faire classe cette fois-ci ? Je vais proposer le coin hamac, j’adore cet endroit. C’est tellement chouette de se balancer pendant qu’on discute.

Mon copain Robert-Klaudio a eu une super idée ce matin, il a apporté le chariot à roulettes qu’il est en train de se fabriquer, et comme il a pas tout compris comment faire pour qu’il aille droit, il l’a posé au milieu de la table du salon et nous a dit : « Le premier qui me dit ce qui cloche sur mon truc, je donne son prénom à mon bolide ». On s’est demandé si Cooper allait gagner, ou si ça allait plutôt être Zoé, mais Renault a tout de suite crié : « Nan mais sérieux, si ton essieu est tordu, comment tu veux que ça marche ? » Il est trop fort c’est mon héros, lui. Il a 13 ans et il bricole déjà la voiture de son père tous les week-end.

Du coup on est tous partis sur internet pour qu’il nous montre à quoi ressemble un dessous de voiture, histoire de faire un peu pareil. Le prof de maths nous a annoncé que son cours allait commencer et demandé qui venait. Comme on était dans les calculs pour voir si les planches qu’il restait dans la cave pouvaient servir à agrémenter le chariot, on a préféré y aller pour qu’il nous donne un coup de main.

A part ça, le jeu vidéo auquel je joue le plus est tout en anglais, ça m’irrite totalement. Le pire c’est que les gamins qui me parlent en direct dans mon casque sont pour la plupart anglophones… Pfff ça me poursuit vraiment cette langue. L’autre fois j’ai ouvert la notice du microscope tout neuf et je vous le donne en mille, pareil, en anglais, encore ! Jorellie-Myléna a emprunté mon casque pour parler avec mes potes, et moi j’étais verte de jalousie, j’ai rien compris de ce qu’ils ont dit. J’ai décidé d’aller au cours d’anglais de Jorellie. Elle gère grave à 17 ans.

Enfin bon, vous l’avez compris j’ai une vie bien remplie, et quand on me dit que c’est l’heure de rentrer chez moi, ben je suis un peu ennuyée parce que j’ai pas fini mon puzzle sur les pays du monde, alors que j’ai dans l’idée de partir voyager en chariot à roulettes électrique avec Renault quand on sera grands.

Mais d’abord faut que j’apprenne à cuisiner un peu, même si mon amoureux sait faire, j’ai quand même envie de survivre sans lui. Y a la tatie de Coustette-Puce qui vient demain préparer le repas du jeudi avec nous, je suis trop pressée ! Je refais ce que j’apprends pour ma maman ensuite, elle est super contente. Elle me demande si j’aime mon école, je crois qu’elle ne sait pas que c’est une maison avec pleins d’enfants, d’ados, d’adultes qui s’éclatent en apprenant tout ce qu’ils veulent, …mais chuuuut.

 

Les gens disent toujours : « mais comment des enfants libres s’adapteront-ils jamais au côté fastidieux de la vie ? » …J’espère bien que ces enfants seront les pionniers de l’ABOLITION de ce qui est fastidieux.   A.S. Neill (1883-1973), créateur d’une fameuse école autogérée près de Londres en 1921 encore ouverte actuellement, dans son livre « Libres enfants de Summerhill » (1960).

EM

4 réponses sur “L’école Libre.”

  1. Encore une fois magnifique article! Tout ce que je pense! Chez nous, on commence en autonome en juillet. J’ai hâte. Merci encore.

  2. Super article et j’adore le dicton ….je ne l’avais pas encore lu (je n’ai pas encore lu Neill, mais j’ai vu le documentaire sur SummerHill)
    Je le citerai lors de nos prochains stands sur les différents évenements où nous sommes présents.
    Du coup, pour vous y’a des profs et des cours d’organisés comme à Summerhill ? ou c’est juste fictif ?
    Pour nous, le cours ne serait organisé que si un ensemble d’élève en était le demandeur (ou qu’un seul, d’élève, d’ailleurs) ….enfin dans la théorie de notre future école démocratique.
    En tout cas, très bel article qui résume très bien l’idée
    Merci et bravo
    Murielle

    1. Bonjour Murielle, dans le collège démocratique dont je porte le projet (ouverture pour cette rentrée 2017) non il n’y a pas de cours proposés. Il y aura une liste de « facilitateurs d’apprentissages » qui sont des « citoyens » extérieurs souhaitant partager avec les jeunes leurs savoirs et savoirs-faire. Les jeunes pourront aussi demander à rencontrer des personnes pouvant les épauler sur des sujets qui les passionnent ou stimulent leur curiosité. Les jeunes sont en outre encadrés par deux adultes référents qui sont là quotidiennement.
      Par contre de mon côté j’ai des idées qui me trottent dans la tête, d’école plus libertaire que les écoles démocratiques, et avec des cours proposés où les élèves sont libres d’aller ou pas. A voir si je planche concrètement pour de bon sur le sujet prochainement…
      Ton école en projet se situe où, géographiquement ?

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