L’effet boomerang, ou pourquoi les enfants crient dès qu’on tourne le dos.

Vous savez bien, tout est calme dans la maison par ce beau dimanche après-midi, les enfants dessinent, vous lisez près d’eux. Mais on ne sait par quelle idée saugrenue, vous allez aux toilettes.

Alors que vous êtes en pleine concentration au moment le plus critique, des hurlements stridents retentissent au salon et prennent immédiatement en intensité, avec bruits de chaises et de « Aïe ! ouille ! » . Vous effectuez les mouvements opportuns de contraction abdominale pour accélérer ce qui ne paraît plus prioritaire, vous videz totalement le rouleau de joli papier rose accidentellement sur le sol, alors que le dévidoir voulait vous aider en distribuant plus vite que la normale, et vous criez « Ça va ??? Qu’est-ce qu’il se passe ?? »

Alors que vous avez encore le pantalon aux chevilles et que vous avez fermé la porte des toilettes derrière vous sur la queue du chat, vous déboulez affolée sur la scène de crime, vous attendant pleine d’angoisse à trouver une marre de sang suite à une attaque de chien errant, et là vous découvrez entre vos yeux plissés d’appréhension et derrière vos doigts écartés… deux jolis enfants aux visages d’anges qui dessinent assis, l’air de rien….

« -Nan mais je rêve ?? Je suis sortie des WC en trombe sans finir parce que vous vous entre-tuez, qu’est-ce qui s’est passé ?? »

Mauvaise idée. Mauvaise question. Une avalanche d’accusations pleut bruyamment, à coup de « C’est même pas vrai ! Il raconte n’importe quoi ! », et ils se lèvent et en reviennent aux mains. Je crie.

Merde j’ai crié.

« -Vous voulez le même feutre vert clair au même moment ? » J’attrape le feutre du deuxième pot à crayons, le même vert clair en deuxième exemplaire et je le pose au milieu de la table.

[regards figés]

« -Ah y en avait deux ? » « -Ben oui ».

Silence total.

A-t-on idée de quitter la pièce en laissant deux très très jeunes enfants de 7 et 9 ans tout seuls livrés à eux-mêmes à de loooongs mètres de vous très loin de l’autre côté d’une porte fermée ?

Ça m’apprendra d’avoir des besoins d’humain.

***

« Boomerang », ça y est, vous avez compris ou pas ? Bon je précise par un deuxième exemple, pour les non-parents qui passeraient par là et n’auraient pas encore vécu ce phénomène étonnant.

Vous savez bien, vous préparez un gâteau avec les enfants (ah non vous n’avez pas d’enfants, ça va pas vous parler comme exemple), ils sont attentifs et pèsent la farine avec soin, la petite casse les œufs comme une chef waow trop de maîtrise. Punaise le téléphone sonne. Moi en vrai je réponds pas. Mais comme je veux que vous compreniez le concept du titre de mon article, je réponds.

Ah c’est grand-tata Gertrude, « -Ohhh Grand-tata ça fait tellement longtemps qu’on ne s’est pas parlé, merci de m’appeler ! Je peux te rappeler ce soir stp je serai plus dispo ? ». Vous faites un signe de la main aux enfants pour qu’ils finissent ce qu’ils font, ils vous renvoient un clin d’œil et un pouce levé d’approbation, mais Grand-tata a pas compris ce que j’ai dit. Je pars dans la pièce à côté en …fermant la porte de la cuisine, les enfants dedans. Grave erreur. Ne surtout jaaaamais faire une chose pareille. Je vous l’ai pourtant dit juste avant.

-« Grand-tata, tu m’entends ? Alllooooo ?

-Mais je parle à qui là ? dit Grand-tata.

-Grand-tata tu sais bien, c’est toi qui m’a appelée, c’est Evelyne, ta petite-nièce »  [pense-pense]

Je n’entendrai jamais ce qu’elle me répondit. Non pas qu’elle subit une syncope, rassurez-vous, mais plutôt qu’un gigantesque vacarme atteignit mes oreilles pourtant téléphoniquement bouchées.

« Maaaais euuuuh ! arrêttttttteuuuuh ! -hiiiiiiiiiii ! aiiiiiillle ouillle ! Bing. [silence extrêmement bref, suivi de : ] -Haaaaan maaaamaaaan Frère 3 il a tout renversé ! -C’est même paaaaas vraaai, c’est pas moi ! »

Apprendre le langage des signes j’y ai déjà pensé. Pour des raisons plutôt humanistes ou ‘taires. Là j’avoue que quand je rentre furax dans la cuisine en mimant chuuut avec mon doigt tendu au possible posé sur ma bouche serrée, les sourcils tellement froncés que la pointe de mon nez remonte, en montrant trois fois de manière saccadée le téléphone collé à mon oreille, par le même index non moins tendu, je pense que les enfants comprennent le message sans formation préalable de part et d’autre. Je ressors, je referme la porte, les hurlements reprennent. Je rectifie : les enfants ne comprennent pas le message et je vais de ce pas chercher une formation certifiante tout public.

Déjà faudra m’apprendre à quoi sert une porte dans une maison pleine d’enfants si on ne peut pas compter dessus question isolation phonique en cas d’urgence.

D’ailleurs tiens elle s’ouvre, là (y a souvent aussi un boomerang derrière la porte chez moi, à peine fermée, elle se rouvre), pendant que Grand-tata balbutie au bout du fil : « -C’est qui, je comprends pas, c’est Eliane ? »

J’ai juste envie de hurler.

Commences-tu, mon Lecteur, à cerner la notion de « boomerang » ?

Genre tu te dé-scotches de tes enfants pour des choses urgentes et paf ils te reviennent dans la tronche. Non non y a rien à juger, c’est un fait scientifique avéré et vérifié par la communauté parentale. En « éducation positive » ou pas, les petits enfants qu’on aime adorent se rappeler à nous au moment où on a besoin de les oublier le plus. Normal, c’est vital. Ça doit remonter au temps où les ours risquaient de débarquer dans la caverne familiale si on allait pisser au buisson.

EM

 

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