Quatre naissances pour une naissance.

Je suis née en même temps que mon enfant. C’est par son existence que je me suis éveillée à la vie. J’ai grandi en même temps que mes enfants et à chaque naissance j’ai gravi un étage…un étage vers mon humanité, vers l’accomplissement d’une de mes missions les plus précieuses. Chaque nouvelle naissance a été pour moi une nouvelle chance de me trouver de plus en plus en profondeur, de devenir de plus en plus vraie, d’être de plus en plus connectée à mon instinct et de vibrer en lien total avec la vie.

Je partage avec vous mon cheminement au travers de mes quatre naissances. Puisse-t-il vous apporter des pistes de réflexion, pour accompagner au mieux le passage de l’enfant venu à notre rencontre dans notre monde palpable piqueté de poussière d’amour et de spiritualité, et qui comme nous tous y désire un rôle à jouer.

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PREMIER ENFANT, janvier 1998, en clinique privée.

J’ai 24 ans, je ne me suis jamais renseignée sur les naissances possibles, je n’ai qu’un seul souhait : avoir vite la péridurale. Je perçois les contractions comme très douloureuses, je n’ai pas appris à les gérer ni à quoi elles servent vraiment. Je ne pense qu’à ma douleur et pas du tout à mon bébé.

Péridurale faite : je suis heureuse, je ne sens plus rien et je reste allongée pendant des heures sur le dos à attendre que ça se passe tout seul : le futur papa lit près de moi, on discute, on plaisante et on attend. Je vois sur le monitoring que j’ai des contractions et je suis souriante et fière de ne rien sentir. J’ai des fourmillements aux fesses mais je ne peux me tourner à cause des branchements divers. On me « règle » la fréquence de mes contractions en m’injectant divers produits, je laisse le personnel gérer mon accouchement, et j’en suis très rassurée, moi ce n’est pas mon taf.

Une femme hurle dans la salle à côté, et on s’offusque, le personnel et moi, de tant de manifestations impudiques…

On me dit à présent que c’est le moment de « l’expulsion », moi je ne me rends compte de rien. Tout le monde se met à s’agiter autour de moi. Je « pousse » un peu, comme on me le demande, deux fois, sans conviction. On pratique sur moi l’épisiotomie (coupure de l’entrée du vagin pour « faire la place »). La sage-femme monte sur une chaise et m’appuie de tout son poids sur le ventre, causant une douleur atroce qui me mène au bord de l’évanouissement. Je n’ose pas dire que si besoin je peux pousser un peu, je n’ai encore « rien donné ». Je ne suis pas tenue au courant de ce qui se passe ni de ce qu’on attend de moi. On utilise la ventouse (sorte de coupelle appliquée sur la tête du bébé branchée sur une aspiration électrique) pour tourner mon bébé et le faire sortir. Il a gardé un énorme hématome avec le crâne bombé à l’emplacement de la ventouse pendant plusieurs jours. J’ai écrit quelques semaines plus tard à mon obstétricienne pour avoir des explications sur cette naissance mais elle m’a répondu que tout s’était passé normalement.

Voilà mon grand bébé de 55cm et 3,780kg, on me l’enlève immédiatement pour lui faire les soins et l’habiller (aspiration en tout sens, y-compris anale, entre autres). Le temps me paraît long sans lui, j’ai envie de le voir et je me demande ce qu’on lui fait. La « délivrance » du placenta est difficile psychologiquement (fatigue nerveuse) sans le papa ni le bébé. Je reste ensuite seule deux heures avec bébé pendant que le papa passe les coups de fils à la famille. J’essaie de le faire téter, je ne sais pas comment faire.

Pour moi, à cet instant de ma vie, avec les cartes que j’ai en main, la naissance a été idéale, je ne connais pas d’autre façon de procéder : je suis émue de voir mon premier enfant et surtout, surtout je n’ai pas souffert.

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DEUXIÈME ENFANT, octobre 2001, même clinique.

Je veux la péridurale sans hésiter, je ne comprends surtout pas qu’on puisse accepter de souffrir à la naissance alors qu’il existe des solutions, faut être maso ! Ma seule préoccupation liée à l’accouchement réside dans l’appréhension du moment de l’injection, j’ai appris quels risques il pouvait y avoir si l’anesthésiste se ratait.

J’ai la péridurale sans même avoir eu le temps de souffrir de la moindre contraction. Perfusions et produits pour gérer les contractions, je n’ai plus qu’à attendre tranquillement pendant de très longues heures, couchée sur le dos et branchée de partout. On regarde l’heure, et le paysage par la fenêtre, on s’ennuie.

Après une préparation à la naissance en piscine, j’ai beaucoup de souffle, c’est pour moi alors le plus important pour faire naître bébé, et je pousse très fort et très efficacement. Déchirure. Accouchement sans histoire, centré sur moi-même et mes performances… et sans penser à mon bébé encore une fois. Je ressens un baby blues au moment où on me pose mon bébé déjà habillé sur mon ventre, je n’ai qu’une envie, me reposer et dormir.

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TROISIÈME ENFANT, mars 2007, même clinique.

J’ai suivi une préparation à la naissance où nous avons été encouragées à réclamer la péridurale le plus tard possible. Je n’en vois pas vraiment l’intérêt mais je ressens comme un défi de voir si je suis capable de « faire sans », ce qui me fait très peur à la fois. Je ne risque rien à essayer.

Je sais cette fois que je suis là pour accompagner mon bébé vers la sortie, et que je dois me centrer sur lui et non pas sur moi. Arrivés à la maternité, on nous encourage à aller se promener dans les bois environnants pour accélérer le travail : les contractions se font très rapprochées en peu de temps. J’aime gérer la douleur dans ces conditions, dehors sous ce soleil magnifique.

En salle de naissance je maîtrise ma douleur et je gère les contractions par la respiration, la concentration, la pensée d’accompagnement de mon bébé jusqu’à une dilatation du col de l’utérus de 8 cm. Je suis couchée mais je me permets de me tourner sur le côté et tant pis si je dérange tous mes branchements. Le papa et moi sommes seuls et c’est très appréciable, nous nous sentons plus à l’aise.

Et voilà qu’on entre me dire que si je veux la péridurale c’est maintenant ou jamais, après ça ne sert plus à rien de la poser et en plus l’anesthésiste est là. Uniquement par appréhension de ne pouvoir supporter la suite, j’accepte ce qui ne m’était pas venu à l’esprit quelques minutes avant. J’ai si peur de la pose que je me mets à trembler de tout mon corps. Je ne pense plus qu’à ne pas bouger pour que ça ne rate pas et je perds le fil de la naissance. A partir de ce moment-là le travail s’est ralenti. Bébé ne descend pas, ne se positionne pas comme il devrait, la dilatation s’arrête.

On m’assoit en tailleur pour essayer de faire avancer les choses. Une sage-femme commence à me parler de césarienne si cela continue, démentie ensuite par l’obstétricienne à qui je fais part de mon angoisse.

Je décide alors de parler encore plus à mon bébé, de l’encourager, je me concentre en pensée sur lui et visualise le chemin qu’il a à faire et ses mouvements. J’effectue des mouvements de bassin instinctifs pour l’aider et je le pousse avec mes mains sur le ventre en direction de la sortie. Voilà il a enfin effectué sa rotation et tout se précise rapidement. La péridurale ne semble plus faire beaucoup d’effet et j’ai très mal au bassin, on m’augmente la dose. A peine quelques secondes de poussée et mon troisième fils est là. Je le garde sur le ventre en peau à peau un long moment, je le laisse ramper vers le sein tout seul. Aucun souvenir de la « délivrance », ça se passe pendant que je câline mon bébé et mon attention est toute sur lui. On est seuls tous les trois, moment de douceur et d’émotion.

Je suis fière d’avoir pu sentir la joie d’accompagner réellement son bébé, mais frustrée d’avoir eu peur d’aller jusqu’au bout sans la péridurale, ce qui aurait rajouté à ma fierté.

                                                  ***

QUATRIÈME ENFANT, août 2009, hôpital sur le point d’officialiser un « plateau technique ».

J’ai suivi une préparation utilisant les représentations mentales, la sensibilisation à l’utilité de la douleur et à une naissance physiologique. Le refus de la péridurale a pris du sens pour moi, ce n’est plus une performance valorisante, mais une envie d’accompagnement actif de mon bébé à naître, en suivant les indications que mon corps me donnera. J’ai conscience de la nécessité du « lâcher-prise » et je vois cela comme une évolution spirituelle, un passage de ma vie me rendant plus forte et ouverte à ce qui est. Nous souhaitons le plus de naturel possible autant pour moi que pour les soins à mon bébé. J’aurais aimé un accouchement à domicile mais le papa n’est pas d’accord. Nous avons coupé la poire en deux en rédigeant un projet de naissance pour faire respecter nos souhaits et une sortie très précoce est planifiée dans le plus grand secret de notre entourage, pour éviter les réactions négatives que nous ne voulons pas prendre en compte (voir « La nuit où mon bébé de 2 heures est rentré à la maison. »). 

Trois jours de contractions intenses vécues en mouvement chez moi, à tenter de guider mon bébé, à ne pas comprendre pourquoi il ne venait pas, ponctués de trois passages à la maternité, où je refuse tout déclenchement et constate que le travail n’avance pas. Trop de monde bouge autour de moi, le quotidien suit son cours et je ne réalise pas, à 1h de la naissance, encore à la maison, que je suis en plein accouchement donc je peste de me sentir tellement en retrait de mon entourage et de ne pas arriver à m’occuper des enfants. Si je l’avais réalisé, je me serais isolée avec le papa, et mis toutes les conditions de détente de mon côté : bougies, bain parfumé, musique douce, massages, visualisation…tout comme une naissance à domicile finalement. Car j’étais bien décidée à partir au tout dernier moment.

Le terme dépassé d’un jour, énervée, épuisée et découragée, je décide de me rendre à la maternité, prête à renoncer à tous mes rêves de naissance physiologique : « qu’ils me déclenchent je m’en fous j’en peux plus, n’importe quoi mais que ce bébé sorte ! ».

A l’hôpital, désespoir, mon col ne s’est pas assez dilaté, ce n’est pas le moment de la naissance. Pourtant aux toilettes, mon bébé appuie soudainement et commence à sortir. Branle-bas de combat, on m’oblige à me retenir, à traverser un pu**** de couloir pour me rendre dans la sacro-sainte salle de naissance, qu’elles aient le temps d’enfiler des gants, de m’installer un cathéter, je maudis tout le monde en hurlant, je veux juste qu’on me fiche la paix : mon bébé veut sortir, pourquoi on l’en empêche ? Finalement au bout de minutes interminables de torture du fait de tenter de me retenir, je me jette accroupie par terre cramponnée aux étriers de la table, et mon bébé arrive dans la seconde qui suit, je l’aide à finir de sortir en l’attrapant.

Toutes les douleurs s’arrêtent et la paix m’envahit. Je ris et je lui dis « Bonjoooour ma fille ! Que je suis contente que tu sois là, bienvenue ! »

***

Je constate encore après quatre naissances, qu’il est très difficile de se faire confiance et faire confiance au bébé. Il reste toujours des intimidations parfois involontaires et des bribes de désinformation en temps réel qui mènent à accepter des décisions peu appropriées. J’ai accouché sans péridurale, et ma plus grande souffrance n’a pas été la naissance, mais de retenir ce bébé prêt à sortir. Savons-nous ce qu’il lui en reste psychologiquement ?

Si je retirais des conseils de mes expériences, je te dirais à toi, future maman, que l’accouchement ne commence pas au moment où tu es à la maternité. Que quand les contractions sont là, c’est le moment de te centrer sur ton bébé, de te couper du monde, de partir en transe, et ça durera le temps que ça devra durer. Je te dirais de t’imaginer être un oiseau léger qui survole les canyons, de visualiser ton enfant comme une douce boule tiède qui cherche à quitter sa grotte pour rejoindre le soleil éblouissant qui l’attire, de te tordre dans tous les sens pour lui faire le passage, d’être à son service. Je te dirais de t’autoriser à être instinctive, à produire des sons, des cris, de renoncer à maîtriser, y compris le souffle, pour te laisser aller à l’écoute de ton bébé qui sait ce qu’il a à faire d’instinct…Et ce sera un beau début de ton aventure de maman qui consistera quotidiennement à observer ton enfant, à renoncer à maîtriser ses actions ou pensées, à lui accorder ta confiance totale, à juste proposer et à t’effacer pour lui laisser la liberté sur sa vie. 

Je te dirais à toi, futur papa, que tu es le roc au milieu de la tempête, que ta présence quand on est perdue dans le brouillard total est un repère et un repaire inestimable, je te dirais de respecter la bulle dans laquelle est partie ta compagne, de te tenir silencieux si elle le souhaite, bavard si elle le souhaite, d’être à son service comme elle est au service de votre enfant, de la protéger du monde extérieur en t’occupant des relations avec le personnel soignant, afin qu’elle reste concentrée sur son travail. Je te dirais de lui rappeler sans cesse que vous vivez ces moments pour votre bébé. De vivre la douleur avec elle en pensée, de façon positive, en sachant qu’elle permet d’ouvrir le passage en guidant les mouvements de la mère. Le plus grand des respects est nécessaire pour elle, la plus grande compassion, être là sans rien faire, là 100% sans penser que tu es en train de rater ton match à la TV. Vous êtes trois à accoucher… Et quand ton enfant, des années plus tard, t’appellera pour la cinquième fois dans la nuit, tu te souviendras cet instant où le renoncement sur ce qui devrait être, permettait la magie de la naissance de l’amour…

EM

2 réponses sur “Quatre naissances pour une naissance.”

  1. Bonjour chère Perle,
    Une vraie perle de maman.
    Merci d’avoir partagé ces expériences de jeune mère.
    En vous lisant j’ai pleuré. Pleuré sans m’arrêter.
    De tristesse, de regret, de remords, de soulagement.
    J’ai une petite puce de 5 mois née par césarienne.
    J’ai préparé cet accouchement en oubliant mon bébé, en pensant seulement à moi. Sans comprendre l’importance du lien et de la communication.
    Et la rencontre ne s’est pas faite.
    On m’a enlevé mon bébé et je ne l’ai retrouvée qu’une heure après, lavée et emmaillottee. Une fois sur moi elle a bien essayé de téter mais une sage femme à exprimé le lait de mon sein pour lui donner à la seringue.
    Et mon coeur s’est serré serré.
    J’ai réalisé que j’avais manqué quelque chose dont je ne connaissais même pas l’existence.
    J’ai compris qu’elle aussi avait cette sensation décalée.
    Aujourd’hui tout se passe bien mais il y a ce manque.
    Je me dis qu’avec un futur bébé les choses seront différentes.
    Et en même temps je trouve injuste qu’elle n’ait pas droit à ce qu’un autre bébé aura peut être. Je me demande si ça change la manière d’aimer nos enfants, la manière dont ils naissent. J’ai peur de l’aimer moins qu’un petit frère ou petite soeur dans ce cas.
    J’ai peur de ce que ça lui a fait à elle, de naître comme ça, et de me chercher sans succès pendant si longtemps.
    Pardon pour ce pavé.
    Mais en voyant que vous avez eu des naissances si différentes, et une si belle famille, je reprends espoir.
    Merci

    1. Eva, ton expérience me touche. Merci pour le partage.
      Je voudrais te répondre ceci : il n’est jamais trop tard pour retrouver une relation forte. Beaucoup de gens pourraient témoigner de cela, des personnes coupées de leur parent pour fâcherie par exemple, qui se retrouvent, et qui continuent ensuite leur vie bien plus proches qu’avant. Après une période où j’étais convaincue que les blessures feront mal à jamais, et où j’avais même envie de les garder en moi comme des amies, j’ai appris à observer quelque chose de merveilleux que nous avons tous en nous : la résilience. « La résilience désigne la capacité pour un corps, un organisme, une organisation ou un système quelconque à retrouver ses propriétés initiales après une altération. » (Wikihéhé). Ta fille si petite soit-elle peut entendre ce que tu as à lui dire de votre histoire. Les soins énergétiques aident beaucoup à effacer les mémoires du corps, pour elle et pour toi. Ce manque peut être comblé. Et aller de l’avant toutes les deux.

      La vie est une perpétuelle évolution et tu as ta chance chaque jour, chaque minute, chaque seconde.

      Je voudrais aussi te rassurer : tu as fait exactement ce que tu avais à faire le jour de la naissance de ta fille. Rien n’aurait pu être différent, car à ce moment précis, tu n’avais pas d’autres connaissances ni moyens. Il y a une phrase qui m’a beaucoup aidée, tirée du livre d’Ariane-Seccia Steinberg « Message d’une sage femme pour une naissance libre » que je te recommande. Je rectifierai quand j’aurai le livre sous les yeux mais elle disait cela approximativement: « je fais de mon mieux, ici et maintenant, avec les cartes de l’instant, et le reste appartient à l’univers ». Indulgence envers soi-même, acceptation de ce qui est, aller de l’avant ! <3

      Des bises à toi et à ta fille.

      Perles 🙂 .

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