L’enfance du cœur.

Ces petits enfants, quelle simplicité. Je les regarde rire:

-« Tiens, sens, Frère 3 ! » (Miss Couettes lui fait sentir une boîte en bois)

-« Waaaaaah çaaaa puuue ! » [–> éclats de rire]

-« Tiens, sens, Frère 3 ! »

-« Waaaaaah çaaaa puuue ! » [–> éclats de rire]

…….Et la scène se reproduit trois fois, six fois, cent fois, et toujours le même éclat de rire général.

Je les regarde avec tendresse. J’essaie de me souvenir de mes sensations d’enfant, de cette non conscience du malheur, de l’importance que prennent les choses de pacotilles. Je me souviens de la faculté d’oublier tout autour de soi pour partir dans les limbes de son cosmos intérieur pourtant si relié au concret, au palpable, au matériel. Et paradoxalement arriver à le partager avec l’autre.

Je me souviens que je ne voulais pas grandir. Quand j’avais 20 ans, je serrais encore comme mon Précieux ces sensations de l’enfance, comme des bouffées palpables et impalpables à la fois, comme un nuage de brouillard affectueux ou un chamallow® géant que j’enlacerais.

La sensation du doigt enfoncé dans la glaise, la poussière de la craie sur mon nez, l’odeur des joues de ma mère, les aboiements des chiens dans la vallée, la douceur du caillou sous ma main, le souffle du vent dans mes cheveux, le sable chaud sous mes pieds, le petit bout de verre poli trouvé et qui ne nous quitte plus…tout cela était mon plus beau trésor à conserver coûte que coûte : une dimension de la vie qui n’existe nulle part ailleurs qu’en enfance.

J’ai grandi et j’ai laissé partir mon chamallow®, cessé de m’y accrocher, pour explorer de nouvelles émotions de vie.

Peut-être cette « dimension », pour exister ailleurs qu’en enfance, n’a-t-elle besoin que d’une volonté de notre part de décrocher notre cerveau, pour nous laisser aller retrouver l’enfance du cœur…

Car je continue à me coucher dans l’herbe sans craindre les bestioles, à faire des routes dans la poussière avec mon doigt, à m’agenouiller devant une petite fleur pour lui faire un bisou, à m’accouder à la fenêtre pour écouter les étoiles, et aussi à rire pour un prout. Sauf à table, là c’est pas drôle.

EM

 

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