Les neiges du Kilimandjaro (quand le burn out menace…)

J’adore mes enfants. Ils me le rendent bien, ils m’adorent aussi.
Ils m’aiment tellement que dès le lever de la reine leur maman, malgré mes efforts pour marcher comme un chat, je me fais toujours choper au moment où je vais faire pipi la tête dans le cul [ce qui n’est certes guère pratique NDLR]: je ferme vite la porte derrière moi mais trop tard, une invasion de moucherons hurlants s’agglutine tout contre…
« -Mamaaaan chhhhéééérie ! tu es levééééée ouaaaais !!
-Coucouuuu mamaaaaaan ! tu sais j’ai fait un super légo, mais Frère 2 me l’a piqué ouiiiiin ouinnnn…
-Naaaaan c’est même paaaas vraaai !
-Aïeuuuuuuu mamaaaaan Frère 3 il m’a tapppppéééée…
-C’est pas vraiiiiiii et c’est elle qui a commmmmencééééé »…..

…J’abrège
1) pour les pressés
2) pour épargner vos nerfs (comme je vous comprends)
3) parce que je suis sûre que vous voyez très bien de quoi je veux parler.

Bon et puis pour être honnête en fait ce moment-là n’est pas des plus agités. Ils sont même plutôt adorables quand ils attendent tous de me sauter dans les bras au réveil malgré mon odeur de poubelle avariée, mes yeux tendus comme des baudruches, mes cheveux de sorcière sans verrue, et mes seins qui tombent (mais ça ils s’en foutent mes mioches, c’est leur faute en plus, z’avaient qu’à pas avoir tété si longtemps…).
Oui je fais partie des mères indignes qui se comptent sur le doigt d’un pied : celles qui se lèvent après leur progéniture. C’est pas ma faute s’ils se démerdent seuls avec leurs jouets et leur petit dej’. Bon ok c’est ma faute j’avoue.

Bref, donc je respire un bon coup dans mes toilettes (pour autant de ce que je peux supporter sans suffoquer sur mon trône), je me tricote un beau sourire, je remonte ma culotte sans avoir pu finir ce que j’avais à faire, et je sors…….
« -Boooonjouuuur mes z’ammmours ! » (je les aime, pfff…).

Il peut arriver rarement que la volée d’insectes se disperse rapidement en tous sens dans un bourdonnement assourdissant, mais le plus souvent ils se jettent tous sur moi comme s’ils essayaient de dégonfler brusquement mon costume de sumo, et je les serre tendrement. Je les aime. Et je suis fatiguée dès le réveil. Et parfois je me dis que je ne mérite pas tout leur amour.

C’est parti, la journée commence. Certaines journées sont belles comme les cristaux de sucre qu’on a pu fabriquer ensemble un jour les enfants et moi. Belles comme la neige qui fond sur le bout de mes doigts que ma fille observe, belles comme les yeux pétillants de rire de mon petiot chatouillé. Belles comme les bras affectueux de mon ado autour de moi quand il me retrouve, belles comme la fierté de mon fils sur son poney préféré, et belles comme le minois de ma petite enfoui derrière son pouce-sucé, lové contre mon visage, et sentant la pomme et le biscuit……..
Certaines journées sont belles et me remplissent d’une énergie d’amour sans bornes.

Aujourd’hui la journée était moche. Moche comme un enfant qui veut mourir parce que son petit frère lui prend tout son air, moche comme un petit bout de bébé de 2 ans qui pleure parce que sa maman le repousse trop occupée. Moche comme un grand qui hurle sa rage à la tête de sa mère, moche comme le regard soudainement craintif d’un petit jovial devant la colère de la personne qu’il aime le plus. Moche comme une femme qui s’oublie au point de réaliser seulement au coucher qu’elle a passé la journée avec un affreux mal de tête sans penser à prendre un médicament.
Et Mme Perles Pacifiques, enfin seule quelques instants pendant que les petits regardent un film, fond en larmes en entendant Marc Lavoine à la radio, et son Regard Révolver.  Elle sent de la douceur l’envahir comme s’il s’agissait d’une déclaration d’amour pour elle, elle réalise alors combien son besoin d’égards, de reconnaissance et de respect ne sont pas comblés….
Elle réalise le désespoir auquel peut mener une journée complète de situations difficiles et combien une personne qui serait fragile pourrait avoir de difficultés à contrôler la violence qui l’envahit, comme une bombe à eau qui va tomber sur le passant qui passe, ou comme un samouraï assoiffé de sang agitant son sabre en de grands mouvements et de grands cris rauques…..

Il neige. Il fait frais, assise là sous la lueur des réverbères de ma ruelle. Ma peau est piquée, ça lui fait du bien. Les flocons cotonneux ont formé de petits tas réguliers que j’imagine être des collines, à perte de vue. Je suis en haut du Kilimanjaro. Je m’imagine ayant perdu toute ma famille dans un terrible accident dont je suis la seule rescapée, et j’ai décidé de partir au bout de la Terre à pied, seule, avec mon sac à dos, pour retrouver mon âme, quelque part sur les hauteurs du monde, là où je ne suis plus personne que moi-même avec ma solitude amie, dans un repos immense m’allégeant de mon corps éternellement, là où je peux me jeter dans le vide pour m’envoler au lieu de tomber en bas…..

 

…….J’entends les enfants qui se disputent, je retourne dans la maison. Une bouffée d’amour m’envahit : ils sont là, en bonne santé, souriants, je les aime du plus profond de mes entrailles.

EM

 

3 réponses sur “Les neiges du Kilimandjaro (quand le burn out menace…)”

  1. moi aussi je me lève après ma fille depuis qu’elle est née !
    lorsqu’elle tétait encore c’était super facile de se rendormir pendant qu’elle déjeunait
    elle a 3 ans, et vient dans mon lit, regarde ses dessins animés (en anglais comme ça je culpabilise moins) et me laisse dormir encore mon heure nécessaire à ma survie de la journée

    et je partage aussi les journées sucrées et les journées moches…

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