La nuit où mon bébé de 2 heures est rentré à la maison.

J’ai faim, je picore des m&m’s® et une compote. J’avais prévu plein de choses pour la longue attente de la naissance de notre quatrième enfant : des provisions en quantité, de la musique, une bougie, des granules homéopathiques… Mais 50 minutes à peine après l’arrivée à la maternité en trombe en pleine nuit, Miss Couette encore sans couettes est née. Elle tète sans arrêt, j’ai oublié ce que c’est un nouveau-né qui tète, si délicat, si indécis, si hésitant.

Je reparle avec mon mari de la sortie précoce de la maternité, j’ai une petite appréhension, c’est si insolite…mais il est décidé et pressé, et moi je me sens en forme.

Nous avons préparé depuis de longs mois, à force de recherches, de rencontres, de réflexions, un projet de naissance expliquant notre choix. Le gynéco avait dit : « -Bon, on va voir ça, donc vous voulez sortir au bout de 24h. » « -Euh non monsieur, vous avez mal compris, je sortirai au bout de DEUX heures. » Il avait été interloqué, et haussement d’épaules du genre « cause toujours ». « -Va falloir attendre de voir le médecin et le pédiatre après la naissance, et aussi signer une décharge ». Ouais ouais.

Et voilà, le moment tant attendu est là. Nous hésitons à passer des coups de fils pour annoncer la naissance. Ça attendra plus tard, on veut déjà que nos enfants le sachent avant tout le monde et on vient de planifier une magnifique surprise… On a décidé de ne pas prévenir ma mère qui est chez nous, ni les enfants, et de rentrer comme si de rien n’était avec bébé sous le bras ! On est tout excité par cette perspective et on savoure les réactions par avance.

Les deux heures légales d’observation sont passées, interminables, on sent que cette sortie précoce est quelque chose qui va devenir un moment exceptionnel de notre vie.

On s’occupe de me mettre au propre, pendant que mon mari doit descendre à l’accueil des urgences pour faire enregistrer notre entrée (on est arrivés comme des voleurs) alors même qu’on s’apprête à partir. Quand il revient, je me lève et je vais dans la petite salle attenante assister à ce que j’ai loupé pour mes trois autres enfants : les « soins ».

Je n’ai pas du tout de vertiges, ni de douleurs, juste un peu fatiguée. L’équipe est amusée et un peu ébahie d’assister à cette situation inhabituelle : deux heures après la naissance je suis en train de photographier les soins de mon bébé. Une infirmière passant par là se fait interpeller pour venir « voir la dame »: «-C’est la maman du bébé, c’est elle qui vient d’accoucher ! », suivi du regard incrédule de l’infirmière.

Les soins sont succincts, conformément à notre demande sur le projet de naissance, pas d’aspiration et : « pas de gouttes dans les yeux, pas de vitamines ? », vérifie-t-on auprès de nous… «-Oui oui c’est bien ça». Une petite toute naturelle, livrée avec l’emballage d’origine… Papa sera le premier à habiller son enfant après son arrivée sur Terre.

On nous propose de nous prendre en photo, et on va nous chercher nos affaires. Toute l’équipe se regroupe autour de nous dans le couloir, il y règne une atmosphère quasi religieuse, comme si on assistait à un fait marquant de l’histoire. Amusement, recueillement, admiration, émotion, respect. Nous avons choisi cette maternité pour son ouverture d’esprit, même s’il y a eu des écueils regrettables lors de la naissance, qu’avec le recul nous aurions pu éviter.

C’est magique, tout est calme, la nuit dehors, le silence et l’obscurité des couloirs, on se croirait à faire nos adieux à de la famille. On fait d’ailleurs la bise au personnel et on les remercie pour tout ce qu’elles ont fait pour nous aider. L’une d’elles nous raccompagne près de la voiture en portant nos sacs puis nous laisse. Papa porte sa fille contre lui. On n’a pas même prévu un petit nid d’ange, la puce est enroulée dans mon peignoir qui n’a pas eu le temps de servir.

Nous réalisons alors qu’on ne nous a pas demandé de signer de décharge de sortie contre avis du personnel, et pour cause, le personnel est encore sur un petit nuage…Pas vu non plus de pédiatre, il n’y en avait pas en pleine nuit.

Nous voici dehors, le ciel est magnifique, plein d’étoiles, il fait juste frais, et le bonheur et la paix qu’on a dans le cœur nous enveloppent complètement.

Nous ressentons comme la drôle d’impression qu’il faut vite fuir, de peur qu’on nous rattrape et nous retienne prisonniers avec notre petite fille. On part en catimini…Vite vite, à la maison…..non ce n’est pas un rêve…ça y est, la voiture démarre, on ne nous a pas retenus, on est vraiment en train de rentrer chez nous, avec notre nouveau-né de 2 heures 30 d’âge…

Je suis à l’arrière avec elle et je la contemple de tout mon cœur. Elle dort paisiblement dans le siège auto, comme si elle y était habituée depuis toujours.

…..

Nous voici devant la maison, marchant à pas de velours avec notre petit paquet le plus précieux au monde dans les bras. On trouve ma mère éveillée….merde on n’avait pas prévu ça, on pensait aller voir directement Frère 2. Elle est tout étonnée de nous voir si tôt et semble déçue de se dire que c’était encore une fausse alerte, qu’il va falloir attendre encore un peu la naissance. Mais elle voit mon mari avec «le paquet» dans les bras, elle me regarde le ventre qui est bien sûr gros encore et donc croit à une blague.

C’est alors qu’elle finit par apercevoir le bébé et j’interviens: «-Attends attends, ne regarde pas tout de suite s’il te plait, je voudrais que Frère 2 LA voie en premier ! »……Elle tilte : «-LA ??». Et oui, on a oublié de faire les présentations : c’est une fille, qui arrive après trois frères.

Ma mère n’en croit pas ses yeux, et nous suit un peu hébétée vers la chambre de Frère 2 qui dort profondément.

Papa dépose le «paquet» à côté de notre fils de 8 ans et le secoue par l’épaule. Il relève alors la tête et je me rappellerai toujours de son petit cri de surprise en voyant sa petite sœur dans son lit, alors qu’il ne savait même pas que ses parents étaient partis à la mater’…Incompréhension…il me regarde et je lui dis «-Oui oui, c’est fait, bébé est né, on est parti et revenu !»

Le bonheur dans son regard, dans son sourire ensommeillé….on la lui pose sur les genoux, toute endormie encore……il la caresse, l’embrasse, ma mère nous rejoint et verse quelques larmes d’émotion.

Moi je ressens que ce moment est un cadeau merveilleux de la vie pour nous tous et qu’on est vraiment comblé de le vivre.

On a très envie de la montrer à Frère 3, dur de savoir qu’il est sous le même toit que sa sœur sans la connaître encore et sans le savoir, mais on a décidé de le laisser dormir, car il ne pourrait pas se rendormir ensuite et j’ai envie de repos.

Frère 1 n’est pas là, il dort chez un copain, c’est vraiment mal tombé, et j’ai un gros pincement au cœur car on n’ose pas téléphoner en pleine nuit pour ne pas déranger nos amis. C’est dur de ne pas le prévenir et de regretter qu’il ne puisse se joindre à nous tous.

Ce soir-là, j’ai du mal à me coucher, je repasse le scénario dans ma tête, presque aussi cocasse que ceux que j’avais imaginés dans mes moments de fantaisie. Je suis là, dans ma salle de bain, je vais prendre ma douche après mon accouchement et je suis chez moi. Mon bébé dort toujours, posé sur notre lit, mon mari s’est endormi. Il y a trois heures, ma fille venait au monde, dans un chambardement désordonné, loin de l’accompagnement mental que je pensais lui offrir de par ma préparation, brusquée par l’urgence de gérer le moment présent…et là tout est calme, les grillons chantent, je vais me coucher, lovée près de ma famille.

9h30 le matin. On se réveille sous les appels de Frère 3 qui émerge et veut faire pipi…on serait à la mater’ j’aurais eu le petit déj à 6h30 et le thermomètre dans le bip.

Ça y est, il est temps de dire toute la vérité rien que la vérité à Frère 3 : sa petite sœur est dans la chambre ! Frère 2 nous a rejoins. Frère 3 ouvre la porte de notre chambre et son papa lui dit qu’on a une surprise, que le bébé est sorti du ventre de maman, qu’il est là… Frère 3 monte sur le lit d’un air très intéressé et découvre sa petite sœur…….le sourire aux lèvres et lui fait un bisou et un câlin. La chambre baigne dans la joie, la douceur et la délicatesse de ce petit grand frère de 2 ans. Il n’a de cesse de la porter et la couvrir de caresses. Son aîné est tout attendri et laisse à Frère 3 toute la place et l’aide dont il a besoin pour profiter de cette petite sœur.

Voilà, il ne nous reste plus que notre aîné, 11 ans, le pauvre, il est presque 10h et il ne sait toujours pas. C’est Frère 2 qui va lui annoncer la nouvelle au téléphone. A l’autre bout du fil, un Frère 1 pas très démonstratif…il dira plus tard qu’il avait les larmes aux yeux et ne trouvait pas les mots.

Mon mari part le chercher à une demi-heure de chez nous. J’entends les pas qui courent et la porte s’ouvre précipitamment. Je l’attendais sur le canapé, le voilà, pas coiffé, ébouriffé, qui vient vers nous tout sourire ! Je lui mets sa petite sœur dans les bras et il est très ému en l’appelant sans cesse par son prénom et en la bisoutant. Il la gardera une heure sur lui, chose respectée encore une fois par ses frères qui l’ont déjà eue auparavant….Ce moment est pour Frère 1 et il savoure…

EM

10 réponses sur “La nuit où mon bébé de 2 heures est rentré à la maison.”

  1. Bonjour, merci pour votre histoire, vous dégagez bcp d’émotions, j’ai d’ailleurs versé ma petite larme…

    Bébé 2 est attendu chez nous pour avril, un second petit garçon, j’aimerai tant etre forte comme vous, et résister a la douleur, refuser la péridurale, et rentrer tot, le lendemain pour ma part a la maison, pour etre en famille, tous les 4.

    Votre récit va me suivre, et j’y penserai lors du moment venu, j’en suis sure…

    1. Bonjour Apo, merci pour vos impressions sur cette lecture. Je crois que plus que « d’être forte », il s’agit de considérer la douleur comme une alliée et de se laisser guider par elle. Il est très précieux de se renseigner activement sur l’UTILITE de la douleur de la naissance et son mécanisme, entre autres auprès d’une sage-femme axée « naissance physiologique ». Cela m’a permis de comprendre que « résister » à la douleur était une erreur, et qu’il fallait se laisser couler en elle pour permettre au travail de l’accouchement d’avancer. D’où la contre productivité de la péridurale… (avez-vous lu le récit des quatre naissances ? il m’en a fallu trois avant celle-ci pour enfin « oser » 😉 ) Pour ce qui est de la sortie très précoce, ce n’est pas très répandu et il a fallu vraiment préparer ça en amont activement depuis le début de la grossesse. Mais vous pouvez toujours voir s’il y a des naissances en « plateau technique » avec une sage-femme nature dans votre coin, ce n’est peut-être pas encore trop tard (quoique très demandées) ? ou bien prendre quelques cours de préparation avec elle ! Bonne suite de préparation de bébé et je vous souhaite une très belle rencontre. EM

      1. Bonjour, merci pour votre réponse, oh oui, j’ai déjà lu bcp de vos articles !!!! J’ai rdv ce jeudi avec une sage femme orientée nature, je verrai ce que cela donne exactement…
        En fait, le plus dur va etre d’échanger avec mon mari, lui expliquer ma démarche, et faire en sorte qu’il m’accompagne, pas qu’il reste spectateur… comme tu le dis, l’accouchement ça se vit à 3… Notre 1er fils est né un peu ds les memes circonstances que ton 1er : j’ai pas eu le temps de dire ouf que l’on m’avait posé la péridurale, un peu trop dosée dc je sentais plus rien, et bébé sortie a la ventouse… Mais je l’ai eu avec moi, de suite, il l’ont pris ensuite pr faire un lavage et l’habiller…
        Puis aucun accompagnement sur la mise en place de l’allaitement… des crevasses, un bébé pendu au sein toute la journée, pas rassasié… j’en pleurai… des reproches du personnel car parfois je lui mettais le petit doigts ds la bouche pr qu’il tétouille plutot que machouille mon sein…
        puis on est rentré a la maison et tout c’est bien passé…
        On retourne au meme endroit, mais là, je suis plus renseignée, et je sais plus ce que je veux…

      2. Si ton mari va avec toi chez la sage-femme, tu verras qu’il pourra s’impliquer beaucoup plus. Pour être accompagnée comme on le souhaite, il est important d’être bien renseignée et de pouvoir ne pas être impressionnée par les affirmations du corps médical qui parfois sont incomplètes. J’ai remarqué que changer de maternité est plus simple que de convaincre une équipe qui n’a pas l’habitude d’accompagner les naissances physiologiques. L’allaitement oh oui c’est pas simple quand on a de mauvais conseils, là encore c’est indispensable d’avoir de bons référents (Sage-femme physio, groupes de soutien facebook avec mamans ayant allaité plus d’une année, Leche Ligue)…J’ai arrêté découragée à 3 semaines pour mon premier enfant, alors que j’ai compris ensuite comment cela fonctionnait, les suivants ça a roulé terrible.

Partage ton commentaire ici !